Pour faire suite au billet de Stéphanie sur les changements climatiques, le lac St-Pierre, qui est un élargissement du fleuve St-Laurent à hauteur de Trois-Rivières, est aussi influencé par les changements climatiques.
Une des particularités de ce lac est qu'il est crucial pour le passage des bateaux vers Montréal, qui possède un important port; il a donc subi un grand dragage en 1999, creusé sur une largeur de 2,5 km alors qu'il en fait 10km de large. 50% du débit du fleuve s'engage dans ce chenal, amenant des problèmes d'envasement, d'érosion, etc. que je ne détaillerai pas ici. Si les changements climatiques amènent une baisse du niveau du fleuve, elle se traduira aussi par une baisse sur le lac St-Pierre, qui devra être dragué à nouveau pour laisser passer les bateaux.
Or, une autre des particularité de ce lac est qu'il est considéré comme une réserve de la biosphère par l'UNESCO, car il abrite de nombreuses espèces, plantes et animaux, des milieux humides, et ces milieux disparaissent rapidement sur la planète. Il est exceptionnel aux yeux des biologistes, mais très fragile aussi. Un dragage supplémentaire assècherait encore plus le littoral, détruirait encore plus d'habitats naturels, etc. Le Québec semble donc devoir choisir entre la préservation de sa biosphère et l'impératif économique du port de Montréal.
Pourtant, il semblerait que ailleurs dans le monde, l'on a plus souvent exigé des bateaux de se conformer à la profondeur d'un fleuve plutôt que de modifier le cours d'eau (le chenal du lac St-Pierre n'est qu'une partie des modifications effectuées pour créer la voie maritime du St-Laurent). Ce pourquoi certains suggèrent que les larges paquebots se déchargent au port de Québec ou Trois-Rivières dans des barges fluviales, de plus modeste taille. J'ignore cependant à quelle point cette proposition est réaliste.
En résumé, nous nous retrouvons encore face à une problématique d'avoir voulu adapter un écosystème à nos besoins (comme le détournement de cours d'eau pour l'approvisionnement) plutôt que d'adapter nos besoins (comme une agriculture moins consommatrice d'eau) à l'écosystème. Ces erreurs génèrent de faux dilemne économie-écologie.







>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
S'abonner à notre fil RSS






Faux dilemme
Heureusement, ce dilemme économie/écologie est de plus en plus envisagé comme étant faux. Ce n'est pas pour rien qu'aux dernières élections on nous a martelé les mots "économie du 21e siècle", "tournant vert", "adaptation de l'économie" ou plus simplement "économie verte". Bref, tous les partis politiques (sauf celui de l'honorable M.Harper) ont compris que l'économie peut ne pas être amputée par les impératifs écologiques, c'est-à-dire qu'il n'y a pas nécessairement de compromis à faire entre l'économie et l'écologie.
D'une part, la communauté scientifique pointe du doigt la nécessité de s'occuper de tous les aspects de l'écologie depuis longtemps, mais ils le font encore plus depuis une dizaine d'années tout au plus. Les groupes écologiques prennent de plus en plus de place, le travail de sensibilisation défonce tous les statistiques depuis la dernière décennie, les populations changent ses habitudes peu à peu - pour certain - et radicalement pour d'autres, et la "demande" d'une économie verte n'a jamais été aussi criante.
D'autre part il y a "l'offre". Il y aurait certainement avantage à offrir des véhicules hybrides ou même complètement écologiques afin de relancer l'industrie de l'automobile. La technologie est disponible, et les moyens aussi. Ici, il ne manque qu'une volonté politique prête à outrepasser le lobbyisme pétrolier, mais ce n'est certainement pas avec le gouvernement (canadien) actuel qu'on y arrivera. L'automobile n'est qu'un exemple parmi tant d'autres qui n'oppose pas économie et écologie. On peut se permettre aujourd'hui de ne pas opposer les deux. Des erreurs comme le dragage du lac St-Pierre en 1999 sont dignes du vieux 20e siècle, caractérisé par ce réflexe de juger l'écologie comme une menace à l'économie, sans effort d'investigation pour trouver des solutions qui permettraient aux deux faux opposants de vivre en symbiose.
Peut-être qu'une crise économique comme la présente est un momentum pour remettre en question ces vieux réflexes conservateurs de faux dilemme, qui heureusement existent de moins en moins, mais qui à chaque fois qu'ils sont appliqués nuisent considérablement à l'économie, à l'écologie ... à l'être humain.
Publier un nouveau commentaire